Est-ce que j’arrive après la bataille ? Peut-être. Mais il n’ y a qu’à voir le nombre d’articles consacrés au vélo dans les grands médias pour se rendre compte que l’engouement pour la bicyclette n’a jamais été aussi fort auprès du grand public. Mieux encore, sortez dans un parc public, sur une piste cyclable en heure de pointe ou en forêt et vous repérerez rapidement de nouveaux amateurs en train de découvrir les joies du vélo, le sourire aux lèvres.

covid et vélo

Alors, est-ce l’effet COVID-19, le besoin de se reconnecter à la nature sans polluer ou bien une alternative aux grands voyages ? Et si c’était simplement ces 3 effets qui pouvaient augmenter la part modale (répartition en % des différents modes de déplacements) du vélo ?

COVID-19, un moteur de développement pour le vélo

Mars 2020, la France entière, comme nombre de ses voisins, se retrouve confinée. La pandémie se développe dans tout l’hexagone et les utilisateurs fuient massivement les transports en commun dans les grandes agglomérations. Les personnes ne pouvant pas télétravailler doivent tout de même se rendre au travail, mais veulent minimiser les risques. C’est alors qu’un des plus grands (le plus grand ? ) plans vélo est déployé en France. « Enfin ! » pourrais-je maugréer si j’étais un brin remonté. Remarquez, c’est mon blog, donc je fais ce que je veux : « Enfin ! … »

Les coronapistes, au secours du vélo

Devant la baisse drastique de la circulation automobile dans les grandes agglomérations à cause du confinement, de nombreuses villes ont mis en place des pistes cyclables provisoires, directement sur les voies de circulation. Elles ont été nommées les « coronapistes » par certains. Ainsi, en quelques jours ont fleuri plus de 500 km de voies cyclables dans tout le pays (ces données remontent à un mois et ne recensent vraisemblablement pas l’ensemble du territoire, dont les petites communes qui ont aussi fait un gros effort). Rendez-vous compte. Dans certaines agglomérations, des associations cyclistes militent pour plus de pistes cyclables depuis des dizaines d’années !

voie cyclable vélo

En effet, la sécurité et le manque d’infrastructure adaptée (de piste cyclable donc) étaient l’une des raisons principales évoquées par le grand public pour ne pas utiliser le vélo comme moyen de transport. Par conséquent, ce problème en partie réglé (il reste fort à faire !) de nombreux citadins se sont mis à prendre le vélo pour se rendre au travail ou pour se déplacer.

Des pistes cyclables menacées ?

Vous vous en doutez, la réduction du nombre de voies dédié aux voitures fait jaser. Ainsi, certaines pistes cyclables installées pendant le confinement sont déjà menacées de destruction, car elles ne seraient pas utilisées. Pour cela, les villes utilisent tout simplement des capteurs afin de mesurer la fréquentation des voies cyclables. Selon moi, cette démarche est biaisée pour plusieurs raisons :

  1. elle part du principe que la part modale de vélo ne va plus augmenter. Or, c’est justement la pérennité de ces pistes cyclables dans le temps qui incitera les citadins à investir dans un vélo et à l’utiliser,
  2. en période de Covid-19, les vélos en libre accès (vélib, etc.) sont beaucoup moins utilisés pour des raisons sanitaires évidentes,
  3. les infrastructures cyclables sont rarement optimales.

Ce dernier point mérite une explication si vous n’êtes pas un cycliste au quotidien. Certaines voies cyclables sont dangereuses et sont donc évitées par les cyclistes. Oui, je sais, ça semble étrange et contre-productif, mais c’est la réalité du terrain. Certaines voitures ont la fâcheuse tendance à doubler les cyclistes sans respecter les 1m de sécurité par ex. D’autres pistes cyclables sont mal pensées et débouchent directement sur des zones dangereuses, des zones en travaux sans déviation ou s’arrêtent brusquement sans signalisation. Enfin, les voies cyclables sont souvent encombrées par des utilisateurs qui stationnent impunément sur une zone réservée aux vélos. Vous savez, le fameux  » oh, ça va j’en ai pour 15 secondes « . Oui, mais non, 15 secondes suffisent à se faire renverser lorsque l’on va faire un écart pour dépasser la voiture dangereuse.

piste cyclable encombrée

Ici par exemple, autant vous dire que les statistiques des capteurs montreront que la piste cyclable n’est pas « rentable », car peu utilisée. C’est dommage non ?

Le confinement et le vélo

Rappelez-vous de ces 2 mois d’enfermement sans pouvoir sortir. Certes, il était possible de sortir se promener 1h autour de chez soit, mais le vélo a longtemps était dans une zone grise. Autorisé pour aller au travail, il a d’abord était interdit pour le loisir (même dans la fameuse zone des 1km) avant que le ministère des Transports clarifie la situation le deuxième mois.

Bref, nous sommes restés enfermés chez nous en rêvant de nature, de grand air et de sortir se dépenser. Il n’est plus à prouver que le vélo est le moyen de transport idéal pour se relancer dans une activité physique. C’est une activité dite  » douce «  qui reste autorisée même lorsque l’on a des pathologies plus ou moins lourdes, au contraire du running par exemple, qui est bien plus violent pour le corps.

C’est ainsi que, juste après le confinement, de nombreux revendeurs de cycles se sont retrouvés en rupture de stock partout en France ! Une de mes amies s’était -enfin- décidée à acheter un vélo (allez, Ingrid, n’oublie pas !) et a été très déçue quand elle s’est rendu compte qu’il n’y avait plus aucun vélo disponible au Décathlon du coin… Il semble que l’engouement des français·e·s pour le vélo se soit envolé … ou que les magasins de cycles n’aient pas prévu assez de stock 😉

rupture de stock de vélo

Le voyage, facteur de risque

Que ce risque soit financier ou sanitaire, la pandémie liée au COVID-19 nous a montré qu’il fallait faire preuve de plus de souplesse dans nos déplacements. Ainsi, il a été recommandé de ne pas prévoir de voyage à l’étranger pendant les vacances d’été afin de ne pas perdre sa réservation, et surtout pour ne pas prendre de risques sanitaires. Les français·e·s se sont donc massivement décidé·e·s à voyager près de chez eux.

Vous en conviendrez, rester chez soi pendant les vacances après 2 mois de confinement, ce n’est pas enviable. Alors, quel mode de voyage serait économique, écologique, sportif et dépaysant ? Oui bon, c’est une question rhétorique, si vous êtes ici, vous connaissez la réponse. Mais il se trouve justement que je me fais toujours une joie de vous parler du voyage à vélo. Vous pouvez aussi jeter un œil chez les copains de Courir le monde et d’En-Échappée si le sujet vous passionne ( ces derniers ont d’ailleurs sorti un super livre sur le voyage à vélo dont je vous parlerais bientôt).

aeroport-vide-covid

Je ne m’étendrais donc pas sur cette partie, plusieurs fois développée sur ce blog, tant par des conseils sur le voyage à vélo que par des récits de voyage, mais sachez que nous sommes de plus en plus à voyager ainsi. Et n’oubliez pas que le voyage commence au bout de votre rue, pas besoin de prévoir un voyage à l’autre bout du monde pour s’amuser 🙂

Le vélo, une écomobilité de plus en plus plébiscitée

Cette raison est tout autant d’actualité, mais peut néanmoins trouver sa genèse il y’a plusieurs années. Devant le futur écologique que l’on nous prédit, nous sommes de plus en plus nombreux à changer nos comportements et nos modes de vie. Certains réduisent les produits énergivores, d’autres s’engagent plus intensément dans une lutte qui leur tient à cœur et beaucoup d’entre nous cherchent à réduire leur empreinte carbone au quotidien sans changer radicalement de mode de vie. À mon sens, l’utilisation du vélo comme moyen de transport et non plus comme un simple loisir est une transition généralement plutôt simple à mettre en place. Bien sûr, si vous travaillez à 50 km de votre lieu de vie, c’est difficilement envisageable (bien que certains le fassent).

En 2015, « 4 trajets en voiture sur 10 font moins de 3 km et ces trajets représentent près de 10 % de la distance totale parcourue en voiture  » (Cerema). Ces chiffres sont encore plus importants en ville, mais la différence est flagrante entre les différentes agglomérations. Certaines villes sont en effet plus « vélo-friendly » que d’autres. La part modale du vélo en France est de 2 à 3 % dans l’ensemble de l’hexagone (15 % à Strasbourg)  contre 29 % aux Pays-Bas (et 44 % à Amsterdam).

Une écomobilité qui a besoin d’aide

On comprend vite qu’il y’a une réelle possibilité d’augmenter la part modale pour ces 40 % de trajets courts ! Et cela passe nécessairement par la mise en place d’infrastructures dédiées, une communication plus efficace et des aides de l’état. C’est ce qui est en train de se mettre en place, doucement, devant la nécessité de changer notre mode de vie. Les aides à la remise en état de vélos ont ainsi été poussées jusqu’à 100 € (même s’il semblerait que les prix se soient adaptés en conséquence…). Certaines villes proposent également des aides à l’achat, mais qui sont malheureusement cloisonnées aux VAE (vélo à assistance électrique). C’est un pas en avant, mais l’élargissement de ces aides à des vélos « mécanique » classiques seraient également un geste fort.

Enfin, les initiatives citoyennes bénévoles en faveur du vélo n’ont jamais été aussi fortes. Qu’il s’agisse de manifestation pro vélo (fête du vélo, etc.), d’atelier de réparation collectif pour apprendre à entretenir son vélo ou bien d’associations de vélo-école, chacun pourra y trouver son compte.

aide au vélo ecole

Ne serait-ce donc pas le moment de ressortir votre vieille bicyclette pour essayer de faire du « monde d’après » un monde plus doux, plus propre, mais aussi plus lent ?  « Soit le changement que tu veux voir dans le monde »   disait Gandhi, et je crois que c’est à nous, simple citoyen, d’agir pour montrer le chemin que l’on veut emprunter. En vélo bien sûr …